Bye bye Indonesia...

Le détroit de la Sonde est derrière nous, l'Océan Indien nous a happé... 600 miles devant nous, le lagon des Cocos Keeling...

Bref résumé de la traversée de l'Indonésie, depuis Singapour et le long de la côte Est de Sumatra. Difficile et pénible où le vent établi est à 80% du temps dans le nez, associé à 12 heures de courant contre sur 24 qui lève une mer désagréable ; tout un cocktail ayant rendu difficile notre progression!

Heureusement au mouillage presque tous les soirs, mais mouillages bien souvent rouleurs toujours à cause des marées et courants.

Les îles sont pleines de pièges, superbes certes, mais presque toujours ceinturées d'une barrière de rochers peu hospitalière et parfois traîtres quand certains de ces cailloux non cartographiés apparaissent subitement pourtant loin des côtes. Quelle fut notre étonnement, en embouquant le Détroit de la Sonde de voir un gros cargo, sa proue posée sur un récif qu'aucune carte n'indique!!! Étonnement, mais prudence aussi car cet après midi là notre timing qui devait être fonction du courant de plus de 5 nœuds rencontré dans le détroit (pas question donc de le prendre à rebrousse poil) nous obligeait à rejoindre le mouillage suivant, situé dans le cratère du célèbre volcan Krakatoa, de nuit vers 22h, sans le moindre éclat de lune mais seulement guidés par les cartes marines à confiance limitée dans cette zone et le radar qui n'a pas encore appris à voir juste sous la surface de l'eau! Un vent rafaleux à près de 30 nds s'en est mêlé, autant dire le soulagement lorsque nous avons pu laisser tomber l'ancre et que celle ci a crocheté immédiatement nous offrant une nuit de sommeil bien méritée... et un paysage de toute beauté au lever du jour sous les fumerolles du volcan.

L'Indonésie nous a aussi gratifié d'une aventure hors norme qui aurait pu bien mal finir, mais qui grâce à l'esprit entreprenant et débrouillard du courageux Capitaine, à l'obéissance totale et sans broncher du mousse (totalement angoissé) et certainement aussi grâce à la bonne étoile qui nous a toujours accompagnée sur Lady Anne toutes ces années... n'est plus qu'un mauvais souvenir sans conséquence.

Tout à commencé à 16h, un après midi, où lassés de progresser à reculons contre vent et courant nous jetons l'ancre dans 4m d'eau, non loin de la côte, bien décidés à repartir 4 heures plus tard avec le changement de courant et un espoir d'accalmie. 20h, terminant de dîner, le vent toujours de face et ayant encore augmenté de quelques nœuds, nous jetons l'éponge, plus question de repartir aujourd'hui, dodo et demain sera un autre jour!

C'était avant de s'apercevoir qu'un pêcheur (à la jugeote limitée... décidément tout est limité en Indonésie!) avait tendu son filet à la nuit tombée parallèlement et à moins de 5 mètres de Lady Anne. Lady Anne qui au moment du changement de courant a pivoté sur son ancre assez violemment vu la force du courant dans le coin, pour se retrouver tel un thon de 12 tonnes totalement prisonnière du filet... Dans les hélices, les safrans, et même la chaîne! Les bras nous en tombent, on est dans la galère, que va t'il se passer, que faire... on imagine déjà le retour du pêcheur (qui n'aura pas un seul mot d'Anglais à son vocabulaire) qui va nous accuser, appeler ses copains pêcheurs, la police, nous qui devions passer inaperçus en Indonésie, juste en transit, faute de papiers en règle... Et comme on envisage toujours le pire, pourquoi pas une saisie du bateau, un pillage vu qu'il ne peut plus bouger d'un millimètre, qu'il fait nuit noire, un vent à décorner les bœufs et même un clapot très inconfortable qui s'en mêle vu que nous avons maintenant le courant contre le vent... Stop, assez déliré dans le roman noir... et avant de subir, voyons comment l'on pourrait agir ?

Seule solution serait de tout couper et de se sauver en douce avant que le pêcheur n'arrive, mais pour ça Patrick doit se mettre à l'eau, travailler à tâtons dans les conditions de vent et de mer qui sont les nôtres et rien que de regarder le bouillonnement de l'eau maronnasse derrière le bateau c'est très dissuasif.

Tourne, retourne... il dit qu'il doit y aller, y'a pas le choix. L'écoute de génois bien ficelée autour de la taille, reprise sur le winch pour compenser les 3 nds de courant, le couteau entre les dents et après quelques longues stressantes minutes de travail acharné Lady Anne est libre.

Mais le plus dur reste à faire, partir sans se faire voir (la nuit noire va nous y aider)... à la voile car inconcevable de mettre les moteurs en route tant le terrain de jeu autour de nous est devenu une toile d'araignée de filets de pêche... Des centaines de pêcheurs sont maintenant en train de quadriller la zone, pauvres poissons impuissants! Il nous faut éviter filets, bateaux de pêches sans lumière, puis remorqueurs et barges et autres objets flottants pas bien définis... la sonde des 15 mètres (où les filets passent alors sous les 1,20 de tirant d'eau de Lady Anne) nous permet d'allumer les moteurs et de prendre la poudre d'escampette.

Au bout d'une heure, le capitaine affirme "que les pêcheurs ne risquent plus de nous rattraper". Il m'épate, presque comme si de rien ne s'était passé... il se sent parfaitement bien, décidé a jeter l'ancre pour finir sa nuit!!! Pas question, le mousse passera la nuit à la barre la peur au ventre... bien décidé à mettre la plus grande distance entre nous et cette aventure.

Néanmoins nous avouons avoir eu une grande conversation en faveur de ce pêcheur, bien ennuyés et peinés d'avoir réduit son filet à néant. Filet qui pour lui représente une perte énorme comparé à ses pauvres moyens... Si au moins cela pouvait lui servir de leçon pour une prochaine fois, mais ça on en doute! Alors le Capitaine a dit, pas la peine de culpabiliser plus longtemps, valait certainement mieux pour nous que cela finisse ainsi!

Pendant 24h, l'Indien nous a mis au diapason... Le vent a soufflé fort sur une allure assez inconfortable (au près), c'est un peu rock'n roll à bord, mais la mer très désordonnée restait négociable pour Lady Anne qui sous voilure très réduite (Grand voile à 3ris et mouchoir de poche en guise de génois) a avancé fort.

La seconde journée s'annonce sous de meilleures augures avec une bonne amélioration des conditions et une bonne nuit de quart en perspective.... Et comme nous sommes maintenant le lendemain matin et que nous nous apprêtons à envoyer ce récit, nous confirmons que les 24 dernières heures furent parfaites.

Notre timing devrait être respecté... Les Cocos Keeling devrait accueillir Lady Anne le 23 septembre.

Pascale & Patrick