LES CHAGOS

Phuket (Thaïlande), fin décembre 2009, énième visite à la voilerie "Rolly Tasker" où nous désespérons d'obtenir un nouveau génaker (voile d'avant légère pour le petit temps) pour Lady Anne qui ne ressemble ni à un soufflet d'accordéon, ni à une robe de cocktail trop ajustée dont les coutures lâchent dès l'essayage... quand une voix inconnue derrière nous, en Français, confirme ce que l'on savait déjà, soit l'incapacité de cette voilerie à faire des voiles!!! ça on l'avait bien découvert tous seuls, certes un peu trop tard, la Carte Bleue étant déjà débitée de cette nouvelle voile. Il n'y a donc plus qu'à siéger à la voilerie, le Capitaine devenant le Maître d'œuvre de toutes ces petites Thaïlandaises jusqu'à l'obtention du génaker désiré (ou presque)!. Bref, C'est donc là que nous faisons la connaissance de Patrick et Nicole sur le voilier Ature, et après les quelques échanges classiques de présentation (Vous êtes ancrés où? Vous arrivez d'où ? Vous allez où ?...) "CHAGOS" entre dans la conversation... à sens unique certes, vu qu'à part le fait que c'était situé quelque part dans "l'Océan Indien", Les Chagos ça ne nous parlait pas beaucoup.... Un soi disant paradis inhabité, ou depuis 15 ans Patrick & Nicole se rendent 4 mois par an.... Notre curiosité est éveillée, on se donne rendez vous autour d'un verre sur Lady Anne histoire d'approfondir les quelques infos que nous nous empressons d'aller piocher dans l'encyclopédie et les divers guides nautiques en notre possession.

Les Chagos, c'est donc parti de là! Puis mis en archives quelque part dans nos cerveaux pour "plus tard", nos projets Sud Asiatiques à 2 ans étant déjà bien ébauchés. Et Lady Anne continue son bonhomme de chemin en Thaïlande au premier trimestre 2010, puis sur l'Est Malaisie pour l'été 2010. Sympathique Thaïlande à terre, paysages scéniques depuis la mer, mais beaucoup trop d'activités touristiques et trop de décibels au mouillage dont de rares mouillages en eaux claires. Nos visas de 2 mois terminés, c'est sans regret que nous partons.

La Malaisie nous a réellement conquis par son accueil, sa diversité ethnique, ses villages de pêcheurs bien authentiques sur la côte est, mais beaucoup moins par ses eaux très glauques du "détroit poubelle de Malacca", avec seules quelques rares îles de la côte est offrant au plaisanciers l'attrait mer recherché.

Novembre 2010 nous ramène d'une virée aérienne au Vietnam qui nous laisse pensifs quant à l'évolution touristique malsaine de ces pays asiatiques bon marché... Les pirates Somaliens renforcent leurs attaques et élargissent leur périmètre d'action, fermant de nombreuses routes de navigation aux plaisanciers et augmentant tension et méfiance à bord.

La décision était "presque" prise... l'envie d'eau transparente, de plaisirs simples, de vivre une nouvelle expérience d'autonomie complète dans des îles désertes... bref le paradis à portée de voiles, les "Chagos" devançaient l'appel d'autant que des bruits de pontons annonçaient le projet de fermer les Chagos aux voiliers pour en faire le plus grand parc national de l'Océan Indien.... et fin Novembre, on apprend qu'à compter de Janvier 2011, la présence aux Chagos des voiliers sera limitée à 4 semaines pour un tarif doublé. Il faut donc faire fissa pour bénéficier des conditions 2010, soit 100£ par mois pour un maximum autorisé de 3 mois. Et bien que le Capitaine se fasse un peu tirer les oreilles à cause des 2000 miles à parcourir à l' aller et au retour, ainsi que pour un faux a priori qu'il n'y aurait que des voiliers anglo- saxons aux Chagos... notre permis nous est délivré pour Noël.

Les agapes de fin d'années, sur la plage de Nayang à Phuket, en compagnie de plusieurs bateaux Français, terminées, nous voilà donc en phase "préparatifs"....

Préparer 4 mois d'autonomie totale sans le moindre ré avitaillement possible en cours de route, ça commence avec un crayon et un calepin où nous y raturerons de nombreuses listes... Nous ne devons rien oublier d'indispensable ni pour nous, ni pour Lady Anne... et même anticiper quelques "système D" pour le cas où!

Additions, multiplications et règles de trois permettrons d'évaluer les quantités de farine, de lait, de beurre et autres produits de base nécessaires pour survivre 4 mois devant une île déserte.

"A quoi bon charger 30 kgs de patates, autant d'oignons et 150 œufs si nous devons tout jeter au bout d'un mois ?" La conservation à bord des fruits et légumes, à la douce température ambiante de 30° s'avèrera un vrai casse tête! Mais bon quelques "recettes de pontons" (recettes de grand mères version "Océan") fonctionnent bien, notamment pour les œufs trempés comme dans le temps, dans l'équivalent pharmaceutique de l'eau de chaux et qui assureront au Capitaine ses 2 œufs sur le plats du dimanche matin jusqu'au retour.

Les protéines, nous les trouverons dans les produits de la mer, soi disant en sur abondance aux Chagos.... encore faudra t'il les attraper et c'est là qu'une autre liste prend naissance... hameçons de toutes tailles, plombs, bas de ligne en acier pour les grosses pièces... "Et pour la pêche à la traîne depuis l'annexe avons nous prévu assez d'essence?" 100 litres d'essence (le double de nos réserves habituelles) s'incrustent à bord en plus des 300 litres de gasoil supplémentaires en jerrycans nécessaires au fonctionnement journalier du générateur pour entre autre la fabrication de l'eau douce.

Après d'innombrables allers retours dans les diverses échoppes, tout ça prend tournure, Lady Anne s'alourdit très sensiblement et approche des starting-block .

Encore quelques jours pour que Georges et Claude soit fin prêts aussi. Nos amis du voilier presque tout vert "Cariad" ont décidé à J-1 des inscriptions Chagos de faire partie du semble t'il dernier contingent vers le paradis... Malgré un gros coup de blues à la veille du départ à cause d'un inverseur capricieux qui aurait pu remettre en cause leur départ, le destin... a bien fait les choses et Lady Anne et Cariad finiront par s'élancer depuis l'île Thaïlandaise de Ko Lipeh (juste à quelques miles de Langkawi) le 13 février à 15h.

Une minutieuse étude de la météo tous ces derniers jours laissait présager une ouverture pour ce jour.... mais c'est au moteur que nous partirons, puis rapidement propulsés par une très légère brise qui malheureusement nous ramène au meilleur cap sur Phuket!!!, mais dès 23h le vent s'établit au NE et nous voilà bien partis et dans la bonne direction au 280° cette fois. L'ouverture était bien là, et bien à nous d'en avoir profité, notre traversée bien que lente fut la plus rapide de tous les voiliers partis aux Chagos entre le 5 et le 21 février!

 

 

 

 

 

La traversée de l'océan indien

55 miles en 24h le 2ème jour... 170 miles le 11ème jour, voilà pour les extrêmes... pour le reste une moyenne de 100 miles par jour pour ces 2000 miles parcourus en 19 jours.

18 1/2 jours de pur bonheur sur une mer très calme. Les dauphins tous les jours, la Croix du Sud à bâbord, la Grande Ourse à tribord et la lune bien éclairante sur les 2/3 de la traversée, ont fait de notre traversée une promenade de demoiselles.

Chaque jour les dauphins viennent s'amuser dans nos étraves

Juste quelques grains sans grande violence, une nuit avec changement brutal de la direction du vent sous grains.

Beaucoup de manœuvres de voilures afin d'essayer de tirer profit du moindre souffle d'air par ces vents très faibles.

 

Sous voiles à 2 ou 3 nœuds pendant la traversée, la mer est un miroir

2 thons au bout de notre traîne. Le dernier pêché datant d'Indonésie, ils furent les bienvenus à bord.

Des vents de NE au début tournant petit à petit au N, puis NO pour finir presque à l'Ouest entre Maldives et Chagos. Nous nous retrouvons petit à petit au près, même très serré par moment, ce qui nous permettra de continuer à avancer malgré ces vents très faibles sur mer plate.

Le Capitaine avait bien préparé la route... il faut parfois savoir rallonger la route pour mieux avancer, c'était le cas sur cette route loin d'être directe vu que nous avons pointé NO sur le Sri Lanka avant d'arrondir la route vers les Maldives que nous avons traversées pour revenir ensuite S/SE vers les Chagos. La route directe n'amenant que calme plat et vent dans la nez.

Côté courant, pas aussi convaincus que les instructions nautiques ou guides de navigation!!! Courant contre une grande partie du chemin, sauf entre les îles Nicobar pendant une paire d'heure puis quelques temps avant les Maldives. Entre Maldives et Chagos courant de NE.

Au large du Sri Lanka, nous traversons le rail des cargos arrivant tout droit depuis le détroit de Malacca. Ils sont nombreux et nous sommes tout petit...

Les 12 dernières heures furent certainement le prix à payer pour accéder au paradis... Pluie à verse, vent à 35 nds, quel contraste! Du coup Lady Anne vole vers sa destination, sous génois seul vu que nous montrons une certaine fainéantise à effectuer des manœuvres de voiles sous ce temps de chien et c'est au petit matin du 4 mars que nous apercevrons (entre les rideaux de pluie) les premières iles de l'atoll de PEROS BANHOS, notre premier stop aux Chagos. Heureusement la passe d'entrée est vaste et profonde et l'atoll peu encombré de récifs car la visibilité est nulle!

Nous jetons l'ancre dans 6 m, sur du sable, l'arrière du bateau se retrouvant sur 20m de fond. Et nous patientons 24h sous la pluie avant que les premiers rayons du soleil reviennent et nous permettent d'admirer ce superbe paysage.

 

L'histoire des Chagos...

Au début du XVIe siècle, Vasco de Gama est le premier Européen à découvrir l'archipel des Chagos (environ 400kms du nord au sud). 

Annexé par la France en 1783, une concession de terre autorisant la plantation des îles pour la production d'huile de coco est accordée sur Diego Garcia, la plus sud et la plus grande des îles. Des esclaves furent amenés du Mozambique et de Madagascar pour travailler dans les plantations. Des années plus tard, ils furent déplacés sur les atolls de Salomon et de Peros Banhos plus au nord. Poissons et tortues sont alors exploités en plus du coco.

Après la défaite de Napoléon en 1814, les Chagos deviennent Anglaises et sont administrées depuis les Seychelles.

 

 

 

 

 

 

Habitants des Chagos : Photo prise à l'époque sur l'île de Coin

Émancipées en 1835, de nombreuses familles d'esclaves libres sont restés à travailler le copra dans les plantations. Des travailleurs sous contrats ont été amenés d'Inde entre 1840 et 1850. Une grande partie des résidents s'est convertie au Christianisme. Les communautés deviennent autosuffisantes avec les arbres fruitiers, l'eau des puits, les jardins potager, le bétail, la pêche... dispensaires et églises furent édifiées au milieu du 20ème siècle et la population des quelques atolls a atteint 2000 personnes.

 

 

 

La même bâtisse à gauche en 1970 et à droite les ruines qu'il en reste en 2011 sur l'île de Coin

C'est pendant la guerre froide de 1960 que les US furent intéressés par une présence militaire dans le sud de l'océan Indien. Ils négocient avec les Anglais qui administrent les Chagos comme un territoire Anglais d'outre-mer, pour obtenir une base militaire sur Diego Garcia avec la condition qu'il n'y ait plus d'habitant où que ce soit aux Chagos. Les Anglais acceptent, l'industrie du copra s'arrête et de 1968 à 1973, plus de 2000 personnes furent expropriées contre leur volonté pour vivre sur l'île Maurice tout juste indépendante.

Aujourd'hui moins de 700 personnes sont encore en vie et pour la plupart dans une grande pauvreté.

Les activistes parmi les Chagossians survivants ont poursuivi le gouvernement Britannique, se sont battus et ont gagné le droit de retourner dans leurs îles. Appels et décision de justice n'ont engendré que frustration, colère et dépenses. Quelque chose aurait pu aboutir de ces décisions si la guerre contre le terrorisme suite aux attaques du 11 septembre 2001 n'avait pas débuté.

Aujourd'hui l'atoll de Diego Garcia, loué aux Américains par les Anglais, est donc une puissante base militaire Américaine très surveillée, abritant plus de 2000 personnes et de nombreux bateaux de guerre, ainsi qu'une quarantaine d'Anglais qui sont là pour surveiller leur territoire. Le protéger de toute pêche intempestive des Sri Lankais et effectuer quelques recherches marines ainsi que contrôler le passage des plaisanciers et les aider en cas de besoin.  Pour cela ils circulent entre les atolls à bord du Biot Patrol, ce bateau d'exploration orange muni de plusieurs annexes rapides. Nous aurons leur visite 2 fois durant notre séjour.
 

 

2 mois aux Chagos

Seuls 2 atolls et quelques zones de mouillages sont autorisés aux plaisanciers dans l'archipel des Chagos. En 2 mois, nous pratiquerons 3 mouillages, 3 semaines devant l'île Diamant et autant devant l'île Fouquet dans le grand atoll de Peros Banhos, puis nous terminerons par une grosse quinzaine de jours devant l'île de Takamaka dans le petit atoll de Salomon situé à une vingtaine de miles du premier.

Des îles, de l'eau transparente, du sable blanc, des cocotiers, des récifs coralliens... voici les ingrédients de base de ces 3 mouillages, et pourtant chacun s'avèrera bien différent du précédent.

L'atoll de Peros Banhos et nos différents mouillages.

 

Mouillage devant l'île Diamant

 

Quand le capitaine aura fini de râper la coco, il pourra retourner dans son hamac...

 

Nous nous attendions à voir du poisson, mais à un tel point c'est incroyable. Rapidement les coques de Lady Anne deviennent un abri à sardines et chaque jour à heures régulières carangues, bonites, job fish,  snappers et même quelques requins se mettent en chasse. C'est la curée, et dans l'affolement les poissons se donnent des coups violents dans les coques. Jour après jour nous voyons notre vivier à sardines diminuer... Entre les chasses toutes ces espèces s'entendent à merveille, sardines en surfaces et prédateurs juste en dessous surveillant leur garde manger... nous nous mettons à l'eau et tout ce petit monde nous tourne autour sans la moindre crainte. Ce furent des grands moments. 

Il suffira de lancer une ligne depuis les jupes de Lady Anne pour assurer facilement le repas. Et le jour où une sardinade sur la plage fait envie... alors c'est à l'épuisette que nous prélevons entre les coques de Lady Anne en quelques minutes un seau plein de sardines qu'il n'y a plus qu'à aller faire griller.

 

Sardinade à l'épuisette!

La pêche est terminée, nous voilà maintenant poissonniers, nettoyant, écaillant, tirant les filets... et il ne restera plus qu'à se régaler.

 

Sur l'île Diamant 

 

Où nous ne tarderons pas à nous désaltérer d'une coco verte

 

Après une bonne suée pour récupérer un cœur de palmier pour la salade du soir.

C'est aussi sur l'île Diamant que nous rencontrerons nos premiers crabes de cocotiers... chasse facile comparée à la Polynésie où il fallait partir en expédition de nuit pour prendre un crabe. Ici il y a en énormément, dans les souches de cocotiers, même pas planqués... ils n'ont peur de rien et leur curiosité les incite même à sortir de leur terrier quand ils nous aperçoivent.  Du coup la chasse est plutôt rapide et l'on peut choisir exactement la taille que l'on veut.

Le capitaine, couteau de plongée à la cheville en guise d'arme à crabe de cocotier, à la recherche de sa proie. 

 

A gauche, le crabe de cocotier à l'état juvénile... aux Chagos, celui ci se promène le corps dans une noix de coco afin de se protéger, à moins que ce ne soit pour imiter le bernard-l'ermite (à droite) qui lui investit les coquillages vides.

 

Crabe de cocotier dans sa souche.

 

En dilettante, le capitaine ramène son repas, qui change de mains pour passer à la casserole!

 

Celui ci finira à l'aioli...

 

Après trois semaines nous traversons l'atoll pour rejoindre le mouillage de l'île de Coin où il reste encore quelques ruines du village, des puits d'eau potable et quelques orangers.

 

Nous explorons les anciennes ruines à l'intérieur de l'île de coin. La forêt est dense et les moustiques s'en donnent à cœur joie, d'où mon accoutrement. Patrick semble être le seul à n'être jamais ennuyé par ces petites bêtes voraces.

Un superbe banian avec ces racines aériennes qui partent des branches pour s’enraciner dans le sol. 

 
 

Et ici, le dernier habitant de l'île de Coin

      Le mouillage de l'île de Coin est en eau très profonde, peu de récifs sympa à explorer, la pêche plus difficile et surtout un peu trop de bateaux entassés à notre goût, nous partons rapidement ancrer devant l'île Fouquet, quelques 2 milles nautiques plus loin, un autre mouillage paradisiaque pour les trois semaines à venir.

Ci dessus île de Fouquet vue depuis Lady Anne au mouillage et ci dessous Lady Anne depuis l'île.

 

 

L'île de Fouquet, c'est là que nous élirons domicile pour les BBQ que nous ferons de temps en temps à terre.

 
 
 

Débarquement du nécessaire de BBQ sur la plage...

 

Pas désagréable la vue!   Et en temps que "Robinsons de luxe" ...  OK pour les BBQ sur la plage, mais pas question de manger du sable, alors on peaufine le confort... Table, chaises et même le hamac pour la petite sieste digestive.  Patrick poussera la chose jusqu'à bricoler une enceinte branchée sur une batterie rechargée par des panneaux solaires pour la musique d'ambiance!

 

Crustacés et crabes d'un côté, poissons de l'autre..... quelques feuilles de cocotiers en guise de nappe et voilà un bien agréable déjeuner, ici en compagnie de quelques voiliers français.

 

Une quarantaine de voiliers seront passés par les Chagos ce printemps 2011, dont une petite dizaine de voiliers Français, des Anglais, Australiens, Neo Zélandais, Allemands, Italiens, Autrichiens, Suisses, Sud Africains.... mais surtout un nombre incroyable d'enfants de 7 mois à 14 ans, toutes nationalités confondues qui se souviendront certainement longtemps des Chagos comme leur plus belle colonie de vacances. 

Des petits musiciens en herbe aussi et ce soir nous avons même eu droit sur Lady Anne à un petit concert.

 

 

 

 

Une dernière photo du platier devant l'île de Fouquet lors d'une grande marée basse.

 

Le temps passe,  l'alizé de Sud Est dans l'Océan Indien Sud commence à s'établir et nous allons maintenant rejoindre l'atoll de Salomon à une cinquantaine de kilomètres pour terminer notre séjour aux Chagos.  Nous ferons une brève escale incognito sur un petit îlot où nous savions pouvoir trouver quelques papayes... 

Puis rapidement propulsés par une jolie brise, nous arrivons devant la passe de l'atoll de Salomon. 

L'atoll de Salomon situé à une cinquantaine de kilomètres de Peros Banhos.

Ci dessous le mouillage principal devant l'île de Boddam. Île où il reste encore quelques ruines de l'ancien village. Ici aiment à se retrouver quelques voiliers anglo- saxons, habitués des Chagos depuis de nombreuses années déjà et qui chaque année se retrouvent et s'organisent une petite vie en pseudo communauté  (BBQ quotidiens, match de volley et même marché aux puces nautiques...) sur cet îlot entretenu par la main des plaisanciers.

Au fil de l'eau, nous avons pu constater que cette pratique est très fréquente chez les américains et quelques autres anglo-saxons, mais comme nous préférons un peu plus d'indépendance, nous irons jeter l'ancre devant un autre îlot, Takamaka, mouillage extraordinaire dans 4m d'eau limpide sur fond de sable où de nouvelles aventures nous attendent.

On aperçoit Lady Anne au mouillage devant l'île de Takamaka

Au mouillage de Takamaka, sous les coques de Lady Anne, les calamars s'abritent et après un peu d'entraînement pour les attraper, nos repas s'agrémentent de délicieux calamars frais.

Activité presque quotidienne... pêche à la traîne en dinghy. Nombreuses bonites, mais aussi quelques poissons de récifs.

 

 

Aux Chagos... la pêche ça marche même en kayak. Un fil, un plomb, un hameçon ça suffit pour assurer le repas.

 

Quelques requins de récifs, alléchés par toutes les têtes et arêtes de leurs confrères que nous rejetons à la mer, viennent aussi nous rendre visite juste derrière les jupes de Lady Anne.  Lorsque nous pêchons depuis le bord où même à la traîne depuis l'annexe, il ne faut pas perdre de temps à remonter sa prise sous peine de n'en récupérer que la tête! 

Nous avons été surpris aussi de constater que lorsque l'on ferrait un calamar à la ligne, les autres calamars se jettent dessus pour le dévorer!

 

Notre mouillage entre les îles de Takamaka et de Fouquet sur l'atoll de Salomon

 

Ces atolls inhabités sont très prisés par les oiseaux

Une petite anecdote au sujet des oiseaux... le fou brun ici est très sociable... lors d'une partie de pêche, un fou brun suivait de près le dinghy quand Patrick a tendu la main vers lui. Instantanément l'oiseau s'est posé sur son bras comme s'il était apprivoisé, ne manifestant aucun désir de s'en aller!  

Autre animal sociable, le dauphin... Ils se précipitent sur les étraves de l'annexe pour nous escorter tout en nous gratifiant de sauts en tout genre. Il va s'en dire qu'à ce moment là, la pêche à la traîne est terminée, il faut remonter les lignes. Pas moyen de se mettre à l'eau avec eux, cela les fait fuir immédiatement.

 

L'atoll de Salomon nous aura ébloui par ses fonds coralliens et il ne se passera pas une journée sans que nous passions de grands moments au milieu des poissons sur le récif. Une grande variété de poissons au milieu de coraux très colorés. Nous avons même pu nous baigner avec 2 raies manta, dont une atteignant bien les trois mètres d'envergure et qui nous ont régalées de cabrioles. Pas farouche du tout, mais majestueuses.

Repérage du récif en annexe... clarté de l'eau exceptionnelle.

 

Et pourquoi pas une petite balade en apnée...

Némo et son anémone violette, des poissons très colorés, quelques requins de récifs peu intéressés... Une grande variété de poissons et des coraux multicolores.

  Quant au dernier poisson bleu, c'est la plus grande grande "tribu" du récif corallien chagossian, aux couleurs vives et de différentes tailles il est omniprésent et sera notre emblème local.

 

Le mot de la fin....

Dommage qu'un tel paradis soit l'aboutissement d'une vilaine histoire aux enjeux politiques et militaires. L'expropriation des Chagossians dans les années 70 et tous les interdits qui ont été mis en place ont fait des Chagos un des rares endroits préservé dans le monde... Regrettant certes que tant de vies furent détruites par l'indifférence de quelque gouvernement, nous ne pouvons que reconnaître la chance et le privilège qui nous a été donné de découvrir un lieu si magique ou la nature est reine.... et qui nous laissera de si merveilleux souvenirs.

Imaginons quelques instants ce que serait la levée des interdits et le retour de l'homme aux Chagos... Certainement pas la reprise des récoltes du copra et de la coco, mais plutôt la porte ouverte à la pêche massive et destructrice de pêcheurs étrangers pour ne citer personne mais aussi l'arrivée en masse de gros investisseurs touristiques qui c'est sur recouvriraient rapidement les Chagos de méga complexes hôteliers comme cela a été fait aux Maldives juste un peu plus au nord.

C'est ici que se termine notre séjour... qui de nous avoir trop gâté risque de nous rendre bien exigeant quant à la suite de nos explorations.

 

La traversée retour vers la Malaisie

Le 8 mai 2011 nous quittons tristement les Chagos laissant derrière nous de nombreux voiliers qui ne tarderont pas à partir vers Mayotte, Madagascar et l'Afrique du Sud alors que certains comme nous rejoindrons l'Asie d'ici quelques jours.  Départ sur les chapeaux de roue comme le laissait prévoir la météo pour rapidement se retrouver encalminés dans une série d'anticyclones avec lesquels il faudra jongler. Petites brises qui nous mènent doucement mais sûrement vers notre but,  suivies de nuits  à sec de toile ou presque à regarder les étoiles (ou dans les bras de Morphée), baignades répétées la journée dans un océan d'huile histoire de se rafraîchir un peu... on prend notre mal en patience... patience qui commence à s'effriter...  mais comme chaque jour nous rapproche  de la Malaisie quand même, nous pouvons commencer à griller nos réserves de gasoil restantes. Même si le vent nous avait définitivement abandonné, il nous en reste maintenant assez pour atteindre la Malaisie. Mais une vingtaine d'heures de moteur suffiront pour nous permettre de retrouver un peu de vent et d'amorcer la dernière ligne droite, la traversée du détroit de Malacca.

 

Pêcheurs indonésiens de Sumatra qui au petit matin viennent nous aborder pour nous demander de l'eau. Lorsque nous avions fait l'Indonésie en 2009, nous avions constaté que dans chaque île l'architecture des bateaux de pêches était différente. Ici à Sumatra, île que nous n'avions jamais abordée, des bateaux encore différents, joliment colorés et bien entretenus.

Après la multitude de pêcheurs indonésiens sans éclairage, aux abords de Sumatra, les 350 derniers milles ressemblent un peu à un grand jeu de bataille navale... Cargos, minéraliers à gogo qu'il vaut mieux éviter, croisent notre route. Puis ce sont les pêcheurs Malais qui prennent le relais bien loin de leurs côtes.  Nous savions la côte Malaise sur pêchée, mais nous ne pensions pas voir autant de bateaux ratissant les fonds sur toute la largeur du détroit. Il y en avait partout, les quarts de nuit furent plutôt fatigants et nous avions hâte d'arriver. Les dernières 24h au moteur et nous touchions la côte Malaise.

 

Pourquoi chercher le paradis ailleurs.... Il est bel et bien là juste à trois semaines de mer...